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Parce qu'il est des livres qui vous font renouer avec la littérature, La ballade de Baby est l'un de ceux-là. Une histoire presque banale, celle d'une petite fille de 12 ans nommée Baby. Sa mère est morte alors qu'elle n'avait que quelques mois, et c'est son père Jules, qui la prend en charge. Agé lui-même de 15 ans à sa naissance, il continue de grandir avec elle. Il la traine d'appartements précaires en chambres d'hôtels miteuses, ou encore, l'abandonne dans des familles d'accueil lorsqu'il fait des séjours à l'hôpital pour désintox ou maladie; il peine ainsi à offrir une vie saine à sa fille. 

Baby in Wonderland

Baby se voit propulsée dans un monde cruel, difficile, sombre, qu'elle refuse de voir ainsi. Elle s'imagine un monde bien à elle, où la philosophie est de mise. A seulement 12 ans, elle parvient toujours à se créer une porte de sortie imaginaire lorsqu'elle subit des évènements difficiles, et sa survie dans ce monde en dépend. Son amour pour son père est puissant et leur relation fusionnelle, malgré l'instabilité et la drogue. Toutes ces années à supporter cette vie inadaptée, destine Baby à un avenir désastreux vers lequel elle tend à se tourner. C’est aussi la problématique quelque peu sociologique de ce livre qui fait penser à l’"habitus" de Bourdieu. L’avenir de Baby est-il compromis au vue du milieu duquel elle est issu? Sinon, qui pourrait l'en sortir ? 
Ne grandis pas trop vite Baby
L’écriture de Heather O’Neill oscille entre tendresse et cruauté, en créant un personnage de petite fille naïf, passionné, innocent, et qui est balancé dans un univers mêlant autodestruction et bad trip. L'auteure a su décrire une vie désastreuse avec des mots simples mais accrocheurs sans jamais sombrer dans le pathos. Sa plume nous rend dépendante de l’histoire; jusqu’à la dernière ligne, où on ne veut d’ailleurs pas quitter l'héroïne tant on appréhende de la laisser affronter ce monde si noir...
Une histoire d’un réalisme terrifiant, où l’écriture est profondément juste grâce au personnage de Baby qui est très bien mené. Personnage qui nous rappelle d’ailleurs par certains côtés, Alice dans l’herbe bleue ou encore Christiane F., sans le côté moralisateur et stigmatisant peut-être. 
A lire sans réserve donc.
Grandir, oui forcément, mais à quel prix ? 
Fanny L.