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Ecrivain, philosophe, journaliste, Camus est une figure majeure des Lettres du XXè siècle. Pour lever les ombres de ce personnage pourtant énigmatique, Michel Onfray, se propose de nous dresser un portrait sensible de ce personnage qui est loin de n’être qu’un philosophe pour les classes de lycée, dans son dernier ouvrage, L’ordre libertaire, La vie philosophique d’Albert Camus. Une rencontre entre Camus et Onfray riche en plaisirs littéraires.

Camus naît en 1913 et meurt en 1960. Son enfance dans un quartier pauvre d’Alger se déroule dans une grande précarité. Précarité à la fois financière et émotionnelle, due à un père mort au  combat durant la première guerre mondiale juste après sa naissance, et une mère illettrée, quasi mutique et très effacée devant la figure imposante d’une grand-mère maternelle violente. C’est bien en cela qu’il faut chercher les fondements de la pensée d’Albert Camus car sa fidélité est sans retenue ; envers sont père qui lui laisse un héritage de révolte lié à la lutte contre la peine de mort ou contre les violences de la guerre, puis envers sa mère et enfin sa terre natale qu’est l’Algérie. L’incompréhension de son entourage concernant à la fois ses capacités et son intérêt pour l’éducation est remise en cause par un instituteur au visage paternel pour des enfants comme Camus, pupilles de la nation causées par la guerre.

« Le livre ramasse le monde des antimondes »

Ainsi, ce livre nous évoque la construction philosophique de Camus selon plusieurs angles : l’angle biographique d’abord, l’angle intellectuel ensuite ; évidemment, les deux sont indissociables et se complètent naturellement. Il y a ses lectures d’abord, puis ses rencontres, ses incompréhensions et enfin ses combats.  Toute son existence est le reflet d’un engagement complet de son être, il est fidèle à lui-même, sans surprises ni mensonges.

L’écriture de Michel Onfray sait être à la fois savante et compréhensible par une forme de construction basée sur de petits chapitres courts, reprenant la chronologie de la vie d’Albert Camus. Cette lecture plaisante permet de resituer le contexte historique, social et culturel de l’Algérie des années 1920 et de la France métropolitaine d’après guerre.

« Penseur d’un réel »

La démarche de Michel Onfray est avant tout de rendre hommage à la personnalité atypique que fut Camus bien qu’il dénigre volontiers la personne de Sartre. Le premier était considéré comme un philosophe de terrain tandis que le second, plutôt un théoricien, à qui l’on a reproché de n’être pas ou peu imprégné de la réalité de la vie. Qui peut juger ? Il est dommage de mettre ces deux personnalités en opposition, tant il est vain, à mon sens, de rentrer dans ce jeu là. Gardons simplement en tête l’œuvre de chacun dans sa globalité et laissons la possibilité aux deux de se faire une place dans le monde des lettres. Ce qui distingue ces deux auteurs, c’est le fait que Camus ait su rester simple dans son engagement quand Sartre intellectualisait un peu trop son propos. Cela ne remet cependant pas en question la plume des deux hommes de lettres.

Le plus troublant dans cet essai est finalement la dimension contemporaine de la figure de Camus. Ses combats font écho aux évènements historiques et politiques mondiaux actuels. Un homme du XXè siècle se fait la figure d'un combat intemporel, mêlant engagement politique et passion littéraire; ou bien serait-ce l'inverse? 

Fanny L.